Le gaz hilarant, ou protoxyde d'azote, a un pouvoir de réchauffement près de 300 fois plus élevé que le dioxyde de carbone. Pourtant, il est loin d'occuper le devant de la scène dans le débat sur le réchauffement climatique et les possibilités de le contrer, au contraire d'autres gaz riches en chlorine tels que le CFC, le méthane ou encore le dioxyde de carbone. Cet état de fait est cependant sur le point d'être remis en question. En effet, pour la première fois, des résultats de recherche du Nord-Ouest du Groenland montrent que la fonte du pergélisol peut provoquer des concentrations surprenantes de protoxyde d'azote dans l'environnement, qui peuvent se retrouver dans l'atmosphère. De plus, si le protoxyde d'azote est libéré en même temps que les températures et les précipitations augmentent dans les régions de pergélisol, cela ajouterait une composante inconnue mais importante au réchauffement climatique. Bo Elberling, professeur en Géochimique environnementale au Département de Géographie et de Géologie de l'Université de Copenhague, est à l'origine de ces résultats extraordinaires, qui ont été publiés dans le journal Nature Geoscience.
L'augmentation de la concentration en protoxyde d'azote en Arctique n'a rien d'hilarant. De nouvelles études faites par la station de recherche Zackenberg, au nord-est du Groenland, montrent que la fonte du pergélisol produit une quantité étonnante de protoxyde d'azote, ce qui peut accélérer le rétrécissement de la couche d'ozone et augmenter la concentration atmosphérique de gaz à effet de serre. "Il n'y a pas qu'à Zackenberg qu'on ait eu ces résultats : nous les avons observés à 5 autres endroits. J'avais gardé des échantillons d'études précédentes, et on s'est aperçu que ces échantillons contenaient des taux également élevés de nitrogène dissous, et qu'ils ont le même potentiel de production de gaz hilarant. Il semble donc que la station Zackenberg ne soit pas celle où on en observe le plus. Les microorganismes produisant le gaz sont apparemment déjà présents dans le pergélisol, ce qui explique le phénomène. De plus, la quantité de glace présente dans le pergélisol est plutôt importante, mais elle peut contenir de grandes quantités de nitrogène dissous, qui peut être transformé en gaz hilarant puis relâché dans l'atmosphère lors du dégel", explique Bo Elberling.
Depuis le 19ème siècle, la concentration en gaz hilarant dans l'atmosphère a augmenté significativement. Environ 70% de cette augmentation est due à la dégradation du nitrogène du sol par les microorganismes, et 30% sont plus directement reliés à l'activité humaine, particulièrement à cause de l'intensification de la production agricole, demandant plus de fertilisant et entraînant une augmentation de la production animale. Le gaz hilarant contribue de manière significative à la dégradation de la couche d'ozone dans la stratosphère et il est 300 fois plus générateur d'effet de serre que le dioxyde de carbone dans la troposphère. Or, le méthane, contre lequel bien plus de mesures sont mises en place, n'est que 23 fois plus générateur d'effet de serre que le dioxyde de carbone.
"Des études récentes montrent que la production naturelle de gaz hilarant dans les sols de l'Arctique peut potentiellement atteindre des niveaux qui n'ont été observés que dans des régions tropicales. Cela signifie qu'une quantité énorme de nitrogène est contenue dans les sols gelés de l'Arctique, particulièrement dans les marais. Cette énorme quantité peut être facilement transformée en gaz hilarant car les pergélisols qui viennent de dégeler vont subir de grandes variations de teneur en eau, et vont congeler-décongeler tous les ans", selon le professeur Elberling.
Les résultats de cette étude montrent également que le nitrogène contenu dans ces pergélisols à peine décongelés pourrait être décisif dans l'impact de conditions climatiques plus chaudes sur la flore arctique. Comme le nitrogène agit comme un fertilisant, la croissance des plantes va changer : elles seront plus grandes, et seront ainsi capables d'absorber plus de dioxyde de carbone de l'atmosphère qu'on ne le supposait auparavant. Cela pourrait être un impact positif.
La décongélation de la couche supérieure du pergélisol se fait graduellement, et augmente d'un cm par an environ. La problématique qui se pose est ainsi celle de la production de gaz hilarant, sachant que les périodes de gel-dégel vont se succéder et que le sol pourrait s'assécher durant les mois chauds et être soumis à des précipitations juste après.
source ; BE Danemark numéro 27 (3/06/2010) -
Ambassade de France au Danemark / ADIT -
http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/63579.htm






